Étant nouvellement arrivée à Ottawa et provenant d’un milieu francophone, j’ai fait face à une énorme difficulté à communiquer en anglais lors de mon arrivée. Je peux ainsi m’imaginer le sort des immigrants qui, en plus d’avoir cette barrière langagière, arrivent au Canada avec un autre type de barrière, celle de la culture. Comment pouvons-nous, en tant que citoyens canadiens, s’attendre à ce qu’ils s’adaptent aussi facilement à un environnement qui peut s’avérer fort différent du leur? Exigeons-nous trop de ces nouveaux arrivés? Jusqu’à quel point pouvons-nous leur demander de s’adapter et jusqu’à quel point devons nous nous-mêmes nous adapter à leur arrivée? Toutes ses interrogations sont, en quelque sort, abordées par Parsanoglou et Sabbagh au travers de leurs textes traitant du multiculturalisme et du nationaliste. Il est intéressant de discuter les théorie des différents types de multiculturalisme exposées par Parsanaglou. Le multiculturalisme conservateur, prônant l’adaptation complète et totale à la culture du pays d’adoption par l’immigrant est, à mon avis, une théorie invraisemblable et drastique pour deux raisons. On ne peut pas croire qu’en migrant de son pays de naissance, un être vivant puisse être apte à se détacher entièrement de toutes les valeurs acquises, de tous ses opinions, de toutes ses traditions bref, du conditionnement qu’un milieu a eu sur lui depuis l’enfance. Ensuite, imposer ce genre de culture commune serait, en quelque sorte, prétendre la supériorité d’une éducation, des traditions, sur ceux de l’autre pays. Par contre, l’avantage de cette théorie, que je qualifierai d’une utopie, est la conservation d’une culture, qui pourrait évoluer à travers les années, suite aux progrès technologiques ou diverses découvertes.
Parsanaglou expose également un type de multiculturalisme axée sur l’économie, le «managed ou corporate multiculturalism» (Parsanaglou, 2004) qui évalue la pertinence du multiculturalisme en fonction des retombées économiques de celui-ci, ce qu’à première vu, je perçoit comme quelque chose d’inhumain puisque souvent, c’est les multinationales qui tirent avantages de telles ententes. L’auteur explique d’ailleurs ceci en présentant « l’effet Benetton, Caca Cola ou CNN». Jusqu’à un certain point, il s’agit pour moi d’un type d’assimilation ; si je prends en exemple une région rurale québécoise, je constate que l’installation locale de magasin à grande surface peut provoquer la fermeture de commerçant locaux. La fermeture de ces petits commerces limite la spécialisation au niveau des métiers chez les habitants de cette dite région et encourage l’homogénéité de l’ensemble des produits consommés en coupant dans la diversité. Ainsi, en appliquant cet exemple de mon cru à l’échelle planétaire, on comprend que les produits deviennent de plus en plus homogène et que, en passant par l’achat de produits semblables, on véhicule un mode de vie semblable, sinon un désir d’un certaine mode de vie type. Appliquée à nouveau à l’échelle réduite du Québec, on peut associer cela aux compagnies possédant des postes de télévision, des journaux et des radios qui peuvent véhiculer certains idéaux au travers de ceux-ci et qui deviennent, aujourd’hui, presque seul propriétaire de l’intégralité des chaines de communication québécoise, ce qui leur donne un pouvoir immense au niveau de la propagation de valeurs ou d’opinions (pour en savoir plus). Cette théorie semble alors pour moi, tout comme la première, beaucoup trop centrée sur soi-même, sur sa culture.
C’est ainsi que le schéma le plus pertinent me semble être le multiculturalisme égalitaire ou démocratique, laissant place à « la culture partagée […] du domaine public» (Parsanoglou, 2004) et à une culture privée, que chaque citoyen choisi à sa guise et que le gouvernement se voit quelque peu forcé de soutenir et d’encourager. Un tel partage de la culture en lieu public serait, selon moi, un moyen de s’assurer d’une certaine homogénéité au sein de la société en ne négligeant pas la part historique qui a fait du pays, de la nation, ce qu’il est à ce jour. Je crois toutefois en la laïcité de l’état, mais je pense qu’il faut tolérer l’omniprésence de représentation religieuse. Ici, prenons l’exemple de la nation québécoise et de l’implication catholique dans celle-ci ; on ne peut nier l’importance de la communauté ecclésiastique au niveau hospitalier et au niveau des institutions d’enseignement au cours du dernier siècle (pour en savoir plus). Ainsi, la polémique de 2008 à propos du « sapin de Noël » au Parlement québécois – sapin qui fut presque débaptisé pour ce faire désigner comme le «sapin de temps des fêtes» - me semble injustifiée ; on ne peut nier à ce point la participation de l’Église au cœur du développement de la société québécoise. Une telle omniprésence de la religion catholique ne devrait pas, selon moi, heurter la sensibilité des membres d’autres religions qui, en demeurant au Québec, doivent s’attendre à être confronté à certains symboles faisant partis du patrimoine québécois. Contrairement au multiculturalisme libéral, je pense qu’en dehors des lieux publics, chacun peut veiller à ses propres choses, chacun ayant une liberté propre. Ainsi, il est possible de conserver une certaine unité et, surtout, de ne pas perdre toute l’identité culturelle d’une nation, sans soumettre les nouveaux arrivants à une nouvelle culture. Pour m’opposer à nouveau au multiculturalisme libéral, je pense qu’autant que dans les sociétés multinationales (Kymlicka dans Parsanoglou, 2004), les membres immigrés des sociétés multiethniques (Kymlicka dans Parsanoglou, 2004), devraient pouvoir revendiquer certains droits liés à leur culture étant donné que leur immigration n’est pas toujours un « choix volontaire » (Parsanoglou, 2004).
Au niveau plus personnel, j’ai fait un stage dans l’organisme PROMIS, un organisme a but non lucratif dont la mission est de « bâtir une société dans une ambiance multiethnique où toutes les femmes, tous les hommes et tous les enfants se sentiront acceptés, aimés et respectés dans leurs droits »[1]. J’ai été influencée par cette expérience au niveau de mes opinions sur le multiculturalisme (Sabbagh,2004). Ainsi, sans brimer la culture des immigrants, je pense que l’apprentissage de la langue française est tout à fait pertinent ; il est prouvé que la connaissance de la langue française est importante en vue d’une intégration économique, sociale et culturelle au Québec[2]. De plus, l’apprentissage du français reste un moyen de conserver cette part du patrimoine québécois, qui constitue une particularité culturelle que des générations de Canadiens-français se sont efforcées de conserver. Ainsi, en tant que québécoise qualifiée de pur laine, je crois qu’il ne faut pas délaisser la part historique de notre culture, ce que je démontre ici avec l’exemple de la langue française, mais qu’on ne peut demander aux nouveaux arrivants de complètement changer de comportement et peuvent toujours, par exemple, parler arable à la maison. Finalement, soulignons l’importance de l’implication des organisations gouvernementales pour l’intégration des immigrants, sans oublier que ses dites organisations, selon la théorie du multiculturalisme démocratique, ne peuvent que modifier la culture au niveau public.
[1] Organisme PROMIS, Pour une société de droit, d’ouverture et de compréhension mutuelle, Montréal, 2010 ; en ligne : http://www.promis.qc.ca/data/index.php (page consultée le 14 avril 2010)
[2] Pierre Jolicoeur, Répertoire de ressources de francisation accessibles aux personnes immigrantes et allophones au Québec, Éditeur officiel du Québec, Montréal, 1993, p. 33.
Textes ayant permis l'élaboration du JDB
Dimitris Parsanoglou, « Multiculturalisme(S) », Socio-anthropologie [En ligne], N°15 | 2004, mis en ligne le 15 juillet 2006, Consulté le 02 août 2010. URL : http://socio-anthropologie.revues.org/index416.html
Daniel Sabbagh, «Nationalisme et multiculturalisme», Critique internationale, n° 23, avril 2004, pp. 113-124.

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